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Full text of "Les peintres impressionnistes Claude Monet; Sisley; C. Pissarro Renoir; Berthe Morisot"

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fGHAM  YOUNG  UNIVERÉ 
PROVÔr  UTAH 


THEODORE  DURET 


LES 


PEINTRES 

IMPRESSIONNISTES 


CLAUDE  MONET   —   SISLEY  —   G.   PISSARRO 
RENOIR  —  BERTHE  MORISOT 

AVEC  UN  DESSIN  DE  RENOIR 


PAEIS 

LIBRAIRIE    PARISIENNE 

H.  BEYMAWi  &  J-  PEROIS 

38,     AVENUE     DE     l/OPÉRA,     38 


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Mai  4  878 


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THE  LIBRiÀRY 

SRIGHAM  YOUNG  UNIVERS»! 
PROVO,  UTAH 


à 


LES 


PEINTRES  IMPRESSIONNISTES 


DU   MEME  AUTEUR 


LES 

PEINTRES  FRANÇAIS  EN  1867 
Dentu,  Palais-Royal. 


Poissy.  —  Typ.  S.  Lejay  et  Cie. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2012  with  funding  from 
Brigham  Young  University 


http://archive.org/details/lespeintresimpreOOdure 


THÉODORE  DURET 


LES 


PEINTRES 

IMPRESSIONNISTES 


** 


CLAUDE  MONET   -   SISLEY  —   G.   PISSARRO 
RENOIR  —  BERTHE  MORISOT 

AVEC  UN  DESSIN  DE  RENOIR 


PARIS 

LIBRAIRIE    PARISIENNE 
H.  HEYMANN  &  J-  PEROIS 

38,     AVENUE     DE     L'OPÉRA,     38 

Mai  4  878 


tout,  ils  cherchaient  le  tapage  pour  ameuter  la 
Ok  foule.  En  somme  les  Impressionnistes  acquirent  à 
leur  exposition  la  réputation  des  gens  dévoyés,  et 
les  plaisanteries  que  la  critique,  la  caricature,  le 
théâtre  continuent  à  déverser  sur  eux  prouve  que 
cette  opinion  persiste. 

Que  si  on  se  hasarde  à  dire  :  «  Vous  savez  f  il 
est  pourtant  des  amateurs  qui  les  apprécient,  » 
alors  Tétonnement  grandit.  Ce  ne  peuvent  être, 
répond-on,  que  des  excentriques.  La  candeur  m'o- 
blige à  déclarer  que  cette  épithète  me  revient  du 
premier  chef.  Oui,  j'aime  et  j'admire  Fart  des 
Impressionnistes,  et  j'ai  justement  pris  la  plume 
pour  expliquer  les  raisons  de  mon  goût. 

Cependant  que  le  lecteur  n'aille  point  croire  que 
je  sois  un  enthousiaste  isolé.  Je  ne  suis  point  seul. 
Nous  avons  d'abord  formé  une  petite  secte,  nous 
constituons  aujourd'hui  une  église,  notre  nombre 
s'accroît,  nous  faisons  des  prosélytes.  Et  même  je 
vous  assure  qu'on  se  trouve  en  fort  bonne  compa- 
gnie dans  notre  société.  Il  y  a  d'abord  des  critiques 
tels  que  Burty,  Castagnary,  Ghesneau,  Duranty  qui 
n'ont  jamais  passé  dans  le  monde  des  arts  pour  de 
mauvais  juges,  puis  des  littérateurs  comme  Al- 
phonse Daudet,  d'HerviHy,  Zola  ;  enfin  des  collec- 
tionneurs. Car  —  ici  il  faut  que  le  public  qui  rit 


—  9  — 

si  fort  en  regardant  les  Impressionnistes,  s'étonne 
encore  davantage  t  —  cette  peinture  s'achète.  Il 
est  vrai  qu'elle  n'enrichit  point  ses  auteurs  suffi- 
samment pour  leur  permettre  de  se  construire  des 
hôtels,  mais  enfin  elle  s'achète.  Des  hommes  qui 
ont  autrefois  fait  leurs  preuves  de  goût  en  réunis- 
sant des  Delacroix,  des  Corot,  des  Courbet  se  for- 
ment aujourd'hui  des  collections  d'impressionnistes 
dont  ils  se  délectent;  pour  n'en  citer  que  quelques- 
uns  bien  connus  :  MM.  d'Auriac,  Etienne  Baudry, 
de  Belio,  Charpentier,  Choquet ,  Deudon,  Dollfus  , 
Faure,  Murer,  de  Rasty. 

Eh  bien  !  quoi  ?  prétendez-vous  parce  que  vous 
vous  êtes  réunis  quelques  douzaines,  faire  revenir 
le  public  de  son  opinion?  —  Vous  l'avez  dit  !  avec 
le  temps  nous  avons  cette  prétention. 

On  a  discuté  longuement  pour  savoir  jusqu'à  quel 
point  le  public  était  capable  déjuger  par  lui-même 
les  œuvres  d'art.  On  peut  concéder  qu'il  est  apte  à 
sentir  et  à  goûter  lorsqu'il  est  en  présence  de  formes 
acceptées  et  de  procédés  traditionnels.  Le  déchif- 
frement est  fait,  tout  le  monde  peut  lire  et  com- 
prendre. Mais  s'il  s'agit  d'idées  nouvelles,  de  ma- 
nières de  sentir  originales,  si  la  forme  dont  s'en- 
veloppent les  idées,  si  le  moule  que  prennent  les 

œuvres  sont  également  neufs  et  personnels,  alors 

i. 


-  10  - 

l'inaptitude  du  grand  public  à  comprendre  et  à 
saisir  d'emblée  est  certaine  et  absolue. 

La  peinture  qui,  pour  être  comprise,  demande 
une  adaptation  de  l'organe  de  l'œil  et  l'habitude  de 
découvrir,  sous  les  procédés  du  métier,  les  senti- 
ments intimes  de  l'artiste,  est  un  des  arts  les  moins 
facilement  accessibles  à  la  foule.  Schopenhauer  a 
classé  les  professions  artistiques  et  littéraires  d'a- 
près le  degré  de  difficulté  qu'elles  avaient  à  faire 
reconnaître  leur  mérite;  il  a  placé  comme  les  plus 
facilement  admis  et  les  plus  vite  applaudis  les  sau- 
teurs de  corde,  les  danseurs,  les  acteurs  ;  il  a  mis 
tout  à  fait  en  dernier  les  philosophes  et  immédiate- 
ment avant  eux  les  peintres. 

Tout  ce  que  nous  avons  vu  à  notre  époque  prouve 
la  parfaite  justesse  de  cette  classification.  Avec 
quel  dédain  n'a-t-on  pas  traité  à  leur  appari- 
tion les  plus  grands  de  nos  peintres  ?  Qui  n'a  en- 
core les  oreilles  pleines  des  sornettes  qui  formaient 
à  leur  égard  le  fond  des  jugements  de  la  critique  et 
du  public  ?  A-t-on  assez  longtemps  prétendu  que 
Delacroix  ne  savait  pas  dessiner  et  que  ses  tableaux 
n'étaient  que  des  débauches  de  couleur?  A-t-on 
assez  reproché  à  Millet  de  faire  des  paysages  igno- 
bles et  grossiers  et  des  dessins  impossibles  à  pendre 
dans  un  salon  ?  Et  que  n'a-t-on  pas  dit  de  la  pein- 


—  11  — 

ture  de  Corot?  Ce  n'est  pas  assez  fait,  ce  ne  sont 
que  des  ébauches,  c'est  d'un  gris  sale,  c'est  peint 
avec  des  raclures  de  palette.  Il  est  avéré  que  long- 
temps, lorsqu'un  visiteur  s'aventurait  par  extraor- 
dinaire dans  l'atelier  de  Corot  et  que  celui-ci, 
timidement,  lui  offrait  une  toile,  le  quidam  la 
refusait,  peu  soucieux  de  se  charger  de  ce  qui  lui 
semblait  une  croûte  et  de  faire  les  frais  d'un  cadre. 
Si  Corot  n'eût  vécu  jusqu'à  quatre-vingts  ans,  il  fût 
mort  dans  l'isolement  et  le  dédain,  Et  Manetf  on 
peut  dire  que  la  critique  a  ramassé  toutes  les 
injures  qu'elle  déversait  depuis  un  demi-siècle  sur 
ses  devanciers,  pour  les  lui  jeter  à  la  tête  en  une 
seule  fois.  Et  cependant  la  critique  a  depuis  fait 
amende  honorable,  le  public  s'est  pris  d'admiration  ; 
mais  que  de  temps  et  d'efforts  ont  été  nécessaires, 
comme  cela  s'est  fait  peu  à  peu,  péniblement,  par 
conquêtes  successives. 

Ah  ça  !  me  dit  le  lecteur,  prétendez-vous  me  ser- 
moner  et  disserter  ainsi  à  perte  de  vue  sur  la  pein- 
ture en  général,  ou  me  parler  spécialement  des  Im- 
pressionnistes ?  —  C'est  vrai.  Tournons  le  feuillet. 


CHAPITRE 


OU  L  ON  ETABLIT  LE  POINT  DE   DEPART 
ET    LA    RAISON    D'ÊTRE    DES    IMPRESSIONNISTES 


Les  Impressionnistes  ne  se  sont  pas  faits  toutseuls, 
ils  n'ont  pas  poussé  comme  des  champignons»  Ils 
sont  le  produit  d'une  évolution  régulière  de  l'école 
moderne  française.  Natura  non  fecit  saltum  pas  plus 
en  peinture  qu'en  autre  chose.  Les  Impressionnistes 
descendent  des  peintres  naturalistes,  ils  ont  pour 
pères  Corot,  Courbet  et  Manet.  C'est  à  ces  trois 
maîtres  que  l'art  de  peindre  doit  les  procédés  de 
facture  les  plus  simples  et  cette  touche  prime  sau- 
tière,  procédant  par  grands  traits  et  par  masse,  qui 
seule  brave  le  temps.  C'est  à  eux  qu'on  doit  la 
peinture  claire,  définitivement  débarrassée  de  la 
litharge,  du  bitume,  du  chocolat,  du  jus  de  chique, 


—  13  — 

du  graillon  et  du  gratin.  C'est  à  eux  que  nous  devons 
l'étude  du  plein  air;  la  sensation  non  plus  seule- 
ment des  couleurs,  mais  des  moindres  nuances  des 
couleurs,  les  tons,  et  encore  la  recherche  des  rap- 
ports entre  l'état  de  l'atmosphère  qui  éclaire  le 
tableau,  et  la  tonalité  générale  des  objets  qui  s'y 
trouvent  peints.  A  ce  que  les  impressionnistes 
tenaient  de  leurs  devanciers,  est  venue  s'ajouter 
l'influence  de  l'art  japonais. 

Si  vous  vous  promenez  sur  le  bord  de  la 
Seine,  à  Asnières  par  exemple,  vous  pouvez 
embrasser  d'un  coup  d'œil,  le  toit  rouge  et  la 
muraille  éplatante  de  blancheur  d'un  chalet,  le 
vert  tendre  d'un  peuplier,  le  jaune  de  la  route 
le  bleu  de  la  rivière.  A  midi,  en  été  toute  cou- 
leur vous  apparaîtra  crue,  intense,  sans  dé- 
gradation possible  ou  enveloppement  dans  une 
demi-teinte  générale.  Eh  bien!  cela  peut  sembler 
étrange,  mais  rien  n'est  pas  moins  vrai,  il  a  fallu 
l'arrivée  parmi  nous  des  albums  japonais  pour  que 
quelqu'un  osât  s'asseoir  sur  le  bord  d'une  rivière, 
pour  juxtaposer  sur  une  toile,  un  toit  qui  fût 
hardiment  rouge,  une  muraille  qui  fût  blanche,  un 
peuplier  vert,  une  route  jaune  et  de  l'eau  bleue. 
Avant  le  Japon  c'était  impossible,  le  peintre  mentait 
toujours.  La  nature  avec  ses  tons  francs  lui  crevait 


-  u  — 

les  yeux;  jamais  sur  la  toile  on  ne  voyait  que  des 
couleurs  atténuées,  se  noyant  dans  une  demi-teinte 
générale. 

Lorsqu'on  a  eu  sous  les  yeux  des  images  japo- 
naises sur  lesquelles  s'étalaient  côte  à  côte  les  tons 
les  plus  tranchés  et  les  plus  aigus,  on  a  enfin  com- 
pris qu'il  y  avait,  pour  reproduire  certains  effets  de  la 
nature  qu'on  avait  négligés  ou  supposé  impossibles 
à  rendre  jusqu'à  ce  jour,  des  procédés  nouveaux 
qu'il  était  bon  d'essayer.  Car  ces  images  japonaises 
que  tant  de  gens  n'avaient  d'abord  voulu  prendre 
que  pour  un  bariolage,  sont  d'une  fidélité  frap- 
pante. Qu'on  demande  à  ceux  qui  ont  visité  le  Ja- 
pon. A  chaque  instant,  pour  ma  part,  il  m'arrive 
de  retrouver,  sur  un  éventail  ou  dans  un  album,  la 
sensation  exacte  des  scènes  et  du  paysage  que  j'ai 
vus  au  Japon.  Je  regarde  un  album  japonais  et  je 
dis  :  Oui,  c'est  bien  comme  cela  que  m'est  apparu 
le  Japon;  c'est  bien  ainsi,  sous  son  atmosphère  lu- 
mineuse et  transparente,  que  la  mer  s'étend  bleue  et 
colorée  ;  voici  bien  les  routes  et  les  champs  bordés 
de  ce  beau  cèdre,  dont  les  branches  prennent  toutes 
sortes  de  formes  anguleuses  et  bizarres,  voici  bien  le 
Fousyama  le  plus  élancé  des  volcans,  puis  encore 
les  masses  du  léger  bambou  qui  couvre  les  coteaux, 
et  enfin  le  peuple  grouillant  et  pittoresque  des 


—  15  — 

villes  et  des  campagnes.  L'art  japonais  rendait  des 
aspects  particuliers  de  la  nature  par  des  procédés 
de  coloris  hardis  et  nouveaux,  il  ne  pouvait  man- 
quer de  frapper  des  artistes  chercheurs,  et  aussi  a- 
t-il  fortement  influencé  les  Impressionnistes. 

Lorsque  les  Impressionnistes  eurent  pris  à  leurs 
devanciers  immédiats  de  l'École  française  la  ma- 
nière franche  de  peindre  en  plein  air,  du  premier 
coup,  par  l'application  de  touches  vigoureuses,  et 
qu'ils  eurent  compris  les  procédés  si  neufs  et  si 
hardis  du  coloris  japonais,  ils  partirent  de  ces 
points  acquis  pour  développer  leur  propre  ori- 
ginalité et  s'abandonner  à  leurs  sensations  per- 
sonnelles. 

L'Impressionniste  s'assied  sur  le  bord  d'une 
rivière,  selon  l'état  du  ciel,  l'angle  de  la  vision, 
l'heure  du  jour,  le  calme  ou  l'agitation  de  l'at- 
mosphère, l'eau  prend  tous  les  tons,  il  peint 
sans  hésitation  sur  sa  toile  de  l'eau  qui  a  tous  les 
tons.  Le  ciel  est  couvert,  le  temps  pluvieux,  il 
peint  de  l'eau  glauque,  lourde,  opaque  ;  le  ciel  est 
découvert,  le  soleil  brillant,  il  peint  de  l'eau  scin- 
tillante, argentée,  azurée;  il  fait  du  vent,  il  peint 
les  reflets  que  laisse  voir  le  clapotis  ;  le  soleil  se 
couche  et  darde  ses  rayons  dans  l'eau,  l'Impres- 
sio  miste,  pour  fixer  ces  effets,  plaque  sur  sa  toile 


—  16  — 

du  jaune  et  du  rouge.  Alors  le  public  commence  à 
rire. 

L'hiver  est  venu,  l'Impressionniste  peint  de  la 
neige.  Il  voit  qu'au  soleil  les  ombres  portées 
sur  la  neige  sont  bleues,  il  peint  sans  hésiter  des 
ombres  bleues.  Alors  le  public  rit  tout  à  fait. 

Certains  terrains  argileux  des  campagnes  re- 
vêtent des  apparences  lilas,  l'Impressionniste  peint 
des  paysages  lilas.  Alors  le  public  commence  à 
s'indigner. 

Par  le  soleil  d'été,  aux  reflets  du  feuillage  vert, 
la  peau  et  les  vêtements  prennent  une  teinte  vio- 
lette, l'Impressionniste  peint  des  personnages  sous 
bois  violets.  Alors  le  public  se  déchaîne  absolu- 
ment, les  critiques  montrent  le  poing,  traitent  le 
peintre  de  «  communard  »  et  de  scélérat. 

Le  malheureux  Impressionniste  a  beau  protester 
de  sa  parfaite  sincérité,  déclarer  qu'il  ne  reproduit 
que  ce  qu'il  voit,  qu'il  reste  fidèle  à  la  nature,  le 
public  et  les  critiques  condamnent.  Ils  n'ont  cure 
de  savoir  si  ce  qu'ils  découvrent  sur  la  toile  corres- 
pond à  ce  que  le  peintre  a  réellement  observé  dans 
la  nature.  Pour  eux  il  n'y  a  qu'une  chose  :  ce  que 
les  Impressionnistes  mettent  sur  leurs  toiles  ne 
correspond  pas  à  ce  qui  se  trouve  sur  les  toiles  des 
peintres  antérieurs.  C'est  autre,  donc  c'est  mauvais. 


CLAUDE    MONET 


MONET  (Claude-Oscar),  né  à  Paris  le  14  novembre  1840. 
A  exposé  aux  salons  de  1865,  66,  68.  A  été  refusé  aux  salons 
de  67,  69,  70.  A  exposé  aux  trois  expositions  des  Impression- 
nistes, sur  le  boulevard  des  Capucines  en  1874,  chez  M.  Du- 
rand-Ruel  en  1876,  rue  LePeletieren  1877. 


Si  le  mot  d'Impressionniste  a  été  trouvé  bon  et 
définitivement  accepté  pour  désigner  un  groupe  de 
peintres,  ce  sont  certainement  les  particularités  de 
la  peinture  de  Claude  Monet  qui  l'ont  d'abord  sug- 
géré. Monet  est  lTmpressionniste  par  excellence. 

Claude  Monet  a  réussi  à  fixer  des  impressions 
fugitives  que  les  peintres,  ses  devanciers,  avaient 
négligées  ou  considérées  comm-3  impossibles  à 
rendre  par  le  pinceau.  Les  mille  nuances  que  prend 


-  18  — 

l'eau  de  la  mer  et  des  rivières,  les  jeux  de  la  lumière 
dans  les  nuages,  le  coloris  vibrant  des  fleurs  et  les 
reflets  diaprés  du  feuillage  aux  rayons  d'un  soleil 
ardent,  ont  été  saisis  par  lui  dans  toute  leur  vérité. 
Peignant  le  paysage  non  plus  seulement  dans  ce 
qu'il  a  d'immobile  et  de  permanent,  mais  encore 
sous  les  aspects  fugitifs  que  les  accidents  de  l'atmos- 
phère lui  donnent,  Monet  transmet  de  la  scène  vue 
une  sensation  singulièrement  vive  et  saisissante. 
Ses  toiles  communiquent  bien  réellement  des  im- 
pressions; on  peut  dire  que  ses  neiges  donnent 
froid  et  que  ses  tableaux  de  pleine  lumière  chauffent 
et  ensoleillent. 

Claude  Monet  avait  d'abord  attiré  l'attention  en 
peignant  la  figure.  Sa  Femme  verte,  aujourd'hui 
chez  M.  Arsène  Houssaye,  avait  fait  sensation  au 
salon  de  1865  et  on  s'était  plu  alors  à  prognosti- 
quer  pour  l'artiste  quelque  chose  comme  la  car- 
rière parcourue  par  M.  Garolus  Duran.  Monet  a 
depuis  délaissé  la  figure,  qui  ne  joue  plus  dans  son 
œuvre  qu'un  rôle  secondaire.  II  s'est  à  peu  près 
exclusivement  adonné  à  l'étude  du  plein  air  et  à  la 
peinture  de  paysage. 

Monet  n'est  point  attiré  par  les  scènes  rustiques  ; 
vous  ne  verrez  guère  dans  ses  toiles  de  champs 
agrestes,  vous  n'y  découvrirez  point  de  bœufs  ou 


—  19  — 

de  moutons,  encore  moins  de  paysans.  L'artiste  se 
sent  porté  vers  la  nature  ornée  et  les  scènes  ur- 
baines. 11  peint  de  préférence  des  jardins  fleuris, 
des  parcs  et  des  bosquets. 

Cependant  l'eau  tient  la  principale  place  dans 
son  œuvre.  Monet  est  par  excellence  le  peintre  de 
l'eau.  Dans  l'ancien  paysage,  l'eau  apparaissait 
d'une  manière  fixe  et  régulière  avec  sa  «  couleur 
d'eau  »,  comme  un  simple  miroir  pour  refléter 
les  objets.  Dans  l'œuvre  de  Monet,  elle  n'a  plus  de 
couleur  propre  et  constante,  elle  revêt  des  appa- 
rences d'une  infinie  variété,  qu'elle  doit  à  Pétat  de 
l'atmosphère,  à  la  nature  du  fond  sur  lequel  elle 
roule  ou  du  limon  qu'elle  porte  avec  elle  ;  elle  est 
limpide,  opaque,  calme,  tourmentée,  courante  ou 
dormeuse,  selon  l'aspect  momentané  que  l'artiste 
trouve  à  la  nappe  liquide  devant  laquelle  il  a 
planté  son  chevalet. 


SISLEY 


SISLEY  (Alfred),  né  à  Paris  le  30  octobre  1810  de  parents 
anglais.  A  commencé  à  peindre  en  1860  dans  l'atelier  de 
Gleyre.  A  exposé  aux  salons  de  1866,  68  et  70.  A  été  refusé 
au  salon  de  1869.  A  exposé  aux  trois  expositions  des  impres- 
sionnistes. 


La  peinture  de  Sisley  communique  une  impres- 
sion de  la  nature  gaie  et  souriante.  Nous  n'avons 
point  affaire  en  Sisley  à  un  mélancolique,  mais  à 
un  homme  d'heureuse  humeur,  content  de  vivre, 
qui  se  promène  dans  la  campagne  pour  s'y  dilater 
et  jouir  agréablement  de  la  vie  au  grand  air. 

Sisley  est  peut-être  moins  hardi  que  Monet,  il  n,e 
nous  ménage  peut-être  pas  autant  de  surprises, 
mais,  en  revanche,  il  ne  reste  point  en  chemin, 


—  21  — 

comme  il  arrive  à  Monet,  s'essayant  à  rendre  des 
effets  tellement  fugitifs  que  le  temps  manque  pour 
les  saisir.  Les  toiles  de  Sisley,  de  dimensions 
moyennes,  rentrent  dans  la  donnée  des  tableaux 
que  nous  devons  à  Corot  et  à  Jongkindt,  et  il  est 
impossible  de  concevoir  comment  elles  sont  en- 
core dédaignées  du  public. 

Il  est  certain  même  que  Sisley  eût  été  de- 
puis longtemps  accepté  par  le  public  s'il  eut 
appliqué  son  savoir  faire  à  imiter  tout  simplement 
ses  devanciers,  mais  s'il  montre  de  la  similitude  et 
de  la  parenté  avec  eux  par  les  procédés  de  la  touche 
et  la  coupe  de  ses  toiles,  il  n'en  est  pas  moins  in- 
dépendant par  sa  manière  de  sentir  et  d'interpréter 
la  nature.  Il  est  Impressionniste  enfin  par  ses  pro- 
cédés de  coloris.  Pendant  que  j'écris  ceci,  j'ai  sous 
les  yeux  une  toile  de  Sisley,  une  vue  de  Noisy-le- 
Grand,  et,  horreur  !  j'y  découvre  justement  ce  ton 
lilas  qui,  à  lui  seul  a  la  puissance  d'indigner  le 
public  au  moins  autant  que  toutes  les  autres 
monstruosités  réunies  qu'on  attribue  aux  Impres- 
sionnistes. Le  ciel  est  couvert,  il  laisse  tomber  une 
lumière  tamisée,  qui  teint  les  objets  d'un  ton  gé- 
néral gris-lilas-violet.  Les  ombres  sont  trans- 
parentes et  légères.  Le  tableau  est  peint  sur  nature 
et  l'effet  que  le  peintre  reproduit  est  certes  d'une 


parfaite  vérité.  Mais  il  est  certain  aussi  que  l'artiste 
n'a  point  tenu  compte  des  procédés  conventionnels. 
Que  s'il  eût  peint  les  vieilles  maisons  du  village  avec 
des  tons  terreux,  que  s'il  eût  fait  ses  ombres  noires 
et  opaques  pour  obtenir  une  violente  opposition 
avec  les  clairs,  il  eût  été  dans  la  tradition  et  tout  le 
monde  alors  eut  applaudi  I  Et  le  maladroit  !  que 
ne  le  faisait-il,  il  est  bien  plus  facile  de  peindre 
ainsi,  que  de  se  tourmenter  pour  obtenir  des  tons 
délicats  et  nuancés,  selon  le  hasard  des  rencontres. 


G.    PISSARRO 


PISSARRO  (Camille-Jacob),  né  le  10  juillet  1830,  à  Saint- 
Thomas  colonie  danoise,  de  parents  français.  A  été  envoyé 
en  France  pour  faire  son  éducation  et  est  ensuite  retourné  aux 
Antilles,  où  il  a  commencé  à  peindre.  Est  revenu  à  Paris  en 
1855.  A  exposé  aux  salons  de  1859,  66,  68,  69  et  70.  A  été  re- 
fusé plusieurs  fois,  notamment  en  1863,  année  où  il  exposa  au 
salon  des  refusés.  A  exposé  aux  trois  expositions  des  Impres- 
sionnistes. 


Pissarro  est  celui  des  Impressionnistes  chez  le- 
quel on  retrouve,  de  la  manière  la  plus  accentuée, 
le  point  de  vue  des  peintres  purement  naturalistes. 
Pissarro  voit  la  nature  en  la  simplifiant,  il  est  porté 
à  la  saisir  par  ses  aspects  permanents. 

Pissarro  est  le  peintre  du  paysage  agreste,  de  la 
pleine  campagne.   Il  peint  d'un  faire  solide,  les 


—  24  — 

champs  labourés  ou  couverts  de  moissons,  les  ar- 
bres en  fleurs  ou  dénudés  par  l'hiver,  les  grand'- 
routes  avec  les  ormeaux  ébranchés  et  les  haies  qui 
les  bordent,  les  chemins  rustiques  qui  s'enfoncent 
sous  les  arbres  touffus.  Il  aime  les  maisons  de  vil- 
lage avec  les  jardins  qui  les  entourent,  les  cours 
de  ferme  avec  les  animaux  de  labour,  les  mares  où 
barbottent  les  oies  et  les  canards.  L'homme  qu'il 
introduit  dans  ses  tableaux  est  de  préférence  le 
paysan  rustique  et  le  laboureur  caleux. 

Les  toiles  de  Pissarro  communiquent  au  plus 
haut  degré  la  sensation  de  l'espace  et  de  la  soli- 
tude, il  s'en  dégage  une  impression  de  mélan- 
colie. 

Il  est  vrai  qu'on  vous  dira  que  Pissarro  a  commis 
contre  le  goût  d'impardonnables  attentats.  Ima- 
ginez-vous qu'il  s'est  abaissé  à  peindre  des  choux 
et  des  salades,  je  crois  même  aussi  des  artichauds. 
Oui,  en  peignant  les  maisons  de  certains  villages* 
il  a  peint  les  jardins  potagers  qui  en  dépendaient, 
dans  ces  jardins  il  y  avait  des  choux  et  des  salades 
et  il  les  a,  comme  le  reste,  reproduits  sur  la  toile. 
Or,  pour  les  partisans  du  «  grand  art,  »  il  y  a  dans 
un  pareil  fait  quelque  chose  de  dégradant,  d'atten- 
tatoire à  la  dignité  de  la  peinture,  quelque  chose 
qui  montre  dans  l'artiste  des  goûts  vulgaires,  un 


—  25  — 

oubli  complet  de  l'idéal,  un  manque  absolu  d'as- 
pirations  élevées,  et  patati,  et  patata. 

Il  serait  pourtant  bon  de  s'entendre,  une  fois 
pour  toutes,  sur  cette  expression  de  «  grand  art.  » 
Si  l'on  désigne  par  là  une  certaine  époque  deVart 
italien,  qui  correspond,  dans  l'art  de  la  peinture, 
à  la  période  épique  dans  le  domaine  littéraire,  oui, 
on  peut  attacher  spécialement  à  cet  art,  Tépithètede 
grand.  Mais  si  vous  entendez  simplement  la  répéti- 
tion, aux  époques  subséquentes  et  jusqu'à  nos  jours, 
des  vieilles  formes  italiennes  par  des  procédés  tra- 
ditionnels et  d'école,  il  faut  au  contraire  refuser  à 
de  semblables  productions  non-seulement  l'épi thète 
d'œuvres  de  «  grand  art,  »  mais  la  simple  appella- 
tion d'œuvres  d'art.  Ce  sont  purs  pastiches,  miè- 
vres copies,  partant  choses  sans  vie  et  sans  valeur. 

L'art  ne  doit  point  s'isoler  de  la  vie,  et  il  ne  peut 
être  compris  séparé  d'un  sentiment  personnel  et 
prime  sautier.  Or*  l'art,  entendu  ainsi,  embrasse 
toutes  les  manifestations  de  la  vie,  tout  ce  que 
contient  la  nature.  Rien  n'est  noble  et  bas  en  soi , 
et  l'artiste,  selon  ses  aspirations  et  son  caprice,  a  le 
droit  de  promener  ses  yeux  sur  toutes  les  parties 
du  monde  visible,  pour  les  reproduire  sur  la  toile. 

C'est  encore  ici  question  de  moment  et  d'habitude. 
Tant  que  l'artiste  est  vivant  et  contesté,  les  gens 


du  bel  air,  s'il  les  conduit  au  cabaret  ou  les  pro- 
mène dans  un  potager,  font  les  dédaigneux  et  les 
offensés.  Enlevez-moi  ces  magots,  disait  Louis  XIV 
en  parlant  des  Buveurs  de  Téniers.  Louis  XVI  col- 
lectionnait au  contraire  avec  passion  ces  mêmes 
Buveurs.  Pour  l'unies  tableaux  sortaient  des  mains 
d'un  artiste  vivant  et  discuté,  pour  l'autre  ils  étaient 
dus  à  quelqu'un  mort  et  consacré,  auquel  on  ne 
croyait  plus  pouvoir  rien  reprocher.  Qui  songe  à 
trouver  mauvais  que  Rubens,  dans  sa  Kermesse, 
fasse  commettre  à  ses  Flamands  toutes  les  incon- 
gruités qui  suivent  l'abus  des  potations  et  de  la 
mangeaille?  Quand  Millet  a  peint  sa  toile  Novembre 
—  un  simple  guéret  fraîchement  labouré  —  le 
public  est  passé  sans  regarder,  et  les  critiques, 
pour  la  plupart,  ont  trouvé  le  tableau  par  trop 
rustre  et  grossier;  aujourd'hui  si  l'on  veut  donner 
une  idée  du  génie  naïvement  grandiose  de  Millet, 
c'est  cette  toile  qu'on  cite  de  préférence.  Lorsque  les 
choux  et  les  salades  des  potagers  de  Pissarro  auront 
vieilli,  on  leur  découvrira  du  style  et  de  la  poésie. 


RENOIR 


RENOIR  (Auguste-Pierre)  né  à  Limoges,  le  25  février  1811. 
Élève  de  Gleyre.  A  exrosé  aux  salons  de  1864,  65,  68,  69,  70  et 
78,  A  été  refusé  aux  salons  de  1873  et  75.  A  exposé  aux  trois 
expositions  des  Impressionnistes. 


Renoir,  au  contraire  de  Monet,  Sisley  et  Pissarro, 
est  avant  tout  un  peintre  de  figures,  le  paysage  ne 
joue  dans  son  œuvre  qu'un  rôle  accessoire.  Renoir 
a  peint  des  toiles  importantes  par  leurs  dimen- 
sions, qui  ont  montré  qu'il  était  capable  d'affronter 
et  de  vaincre  de  grandes  difficultés  d'exécution, 
telles  sont  sa  Lise,  du  salon  de  1868,  dont  nous 
donnons  en  tête  la  reproduction;  son  Bal  à  Mont- 
martre, exposé  en  1877,  rue  Le  Peletier;  mais  sur- 
tout son    Amazone  galoppant    dans  un  parc,   au- 


jourd'hui  chez  M.  Rouard.  Renoir  assemble  sur  la 
toile  des  personnages  de  grandeur  nature  et  géné- 
ralement reproduits  à  mi-corps,  qu'il  fait  lire  et 
converser  ensemble,  ou  qu'il  place  dans  une  loge ,  à 
écouter  au  théâtre.  C'est  quelque  chose  comme  la 
peinture  de  genre  développée  et  sortie  de  ses  pro- 
portions restreintes. 

Renoir  excelle  dans  le  portrait.  Non-seulement 
il  saisit  les  traits  extérieurs,  mais,  sur  les  traits,  il 
fixe  le  caractère  et  la  manière  d'être  intime  du 
modèle. 

Je  doute  qu'aucun  peintre  ait  jamais  interprété  la  I 
femme  d'une  manière  plus  séduisante.  Le  pinceau 
de  Renoir  rapide  et  léger  donne  la  grâce,  la  sou- 
plesse, l'abandon,  rend  la  chair  transparente,  co- 
lore les  joues  et  les  lèvres  d'un  brillant  incarnat. 
Les  femmes  de  Renoir  sont  des  enchanteresses.  Si 
vous  en  introduisez  une  chez  vous,  elle  sera  la 
personne  à  laquelle  vous  jetterez  le  dernier  regard 
en  sortant  et  le  premier  en  rentrant.  Elle  prendra 
place  dans  votre  vie.  Vous  en  ferez  un  maîtresse. 
Mais  qu'elle  maîtresse  I  Toujours  douce,  gaie,  sou- 
riante, n'ayant  besoin  ni  de  robes  ni  de  chapeaux, 
sachant  se  passer  de  bijoux  ;  la  vraie  femme 
idéale  ! 


BERTHE   MORISOT 


MORISOT  (Berthe),  née  à  Bourges.  A  exposé  aux  salons  de 
1864,  60,  66,  67,  68.  70,  72  et  73.  A  exposé  aux  trois  exposi- 
tions des  Impressionnistes. 


La  peinture  de  Mme  Morisot  est  bien  de  la 
peinture  de  femme,  mais  sans  la  sécheresse  et  la 
timidité  qu'on  reproche  généralement  aux  œuvres 
des  artistes  de  son  sexe. 

Les  couleurs,  sur  les  toiles  de  Mme  Morisot, 
prennent  une  délicatesse,  un  velouté,  une  morbi- 
desse  singulières.  Le  blanc  se  nuance  de  reflets  qui 
le  conduisent  à  la  nuance  rose  thé  ou  au  gris 
cendré,  le  carmin  passe  insensiblement  au  ton 
pêche,  le  vert  du  feuillage  prend  tous  les  accents 
et  toutes  les  pâleurs.  L'artiste  termine  ses  toiles  en 


—130  — 

donnant  de  ci  de  là,  par-dessus  les  fonds,  de  légers 
coups  de  pinceau,  c'est  comme  si  elle  effeuillait 
des  fleurs. 

Pour  les  «  bourgeois,  »  ses  tableaux  ne  sont 
guère  que  des  esquisses,  ils  ne  sont  pas  finis.  Mais 
si  vous  les  embrassez  du  regard  et  en  saisissez  l'en- 
semble, vous  les  trouverez  pleins  d'air,  vous  verrez 
les  plans  s'espacer  et  les  personnages  se  modeler. 
Les  êtres  que  Mme  Morisot  met  dans  ses  pay- 
sages ou  ses  intérieurs  sont  distingués  et  sympa- 
thiques, quelquefois  un  peu  frêles  et  comme  fati- 
gués de  se  tenir  debout. 


POSTFACE 

QUI   SE   TERMINE   PAR   UNE   PREDICTION 


Les  cinq  peintres  dont  nous  venons  de  parler 
ont  développé  une  originalité  suffisante  et  trouvé 
quelque  chose  d'assez  frappant  pour  qu'on  ait  eu 
besoin  de  les  désigner  par  une  appellation  com- 
mune et  nouvelle  :  ils  forment  le  groupe  primor- 
dial des  Impressionnistes.  Nous  bornerons  donc 
à  eux  notre  étude,  et  nous  ne  nous  étendrons  point 
sur  quelques  artistes  de  grand  talent  qui,  sans  être 
Impressionnistes^  ont  exposé  avec  eux  :  MM.  Cals  et 
Rouard,  qui  sont  des  naturalistes  purs  restés  en 
dehors  de  l'influence  du  Japon  ;  M.  Degas,  qui  se 
distingue  par  la  précision  et  la  science  du  dessin. 
Nous  ne  faisons  aussi  que  mentionner  le  nom  des 
peintres  qui  se  rattachent  le  plus  près  aux  pre- 
miers   Impressionnistes    ou    sont    leurs  élèves  : 


—  82  — 

MM.  Caillebotte,  Cézanne,  Corday,  Guillaumin, 
Lamy,  Piette.  Ces  artistes  sont  relativement  des 
nouveaux  venus,  ils  n'ont  encore  pu  donner  toute 
leur  mesure,  et  ce  n'est  que  plus  tard  qu'on  pourra 
formuler  un  jugement  définitif  sur  leur  œuvre. 

Le  préjugé  que  les  Impressionnistes  sont  des 
artistes  dévoyés  et  que  ceux  qui  aiment  leur  pein- 
ture ont  des  goûts  malsains  est  si  répandu,  qu'à 
coup  sûr  plus  d'un  lecteur  se  sent  l'envie  de  me 
demander  :  —  Mais,  monsieur,  puisque  vous  aimez 
la  peinture  des  Impressionnistes,  que  pensez-vous 
de  l'ancienne  peinture?  —  Eh!  cher  lecteur,  ce 
que  vous  en  pensez  vous-même.  Si  vous  le  voulez 
bien,  je  vous  entraînerai  un  instant  au  Louvre 
pour  vous  en  convaincre  et  pour  essayer  de  faire 
naître  en  vous  l'heureuse  humeur  qui,  en  partant, 
nous  permettrait  de  tomber  d'accord. 

Nous  voici  devant  les  primitifs  italiens,  et  je 
crois  que  nous  aimons  également  leur  simplicité, 
leur  dessin  serré,  leur  couleur  si  claire  et  si  saine. 
Nous  nous  sentons  transportés  dans  une  sphère 
surhumaine  lorsque  nous  arrivons  dans  la  région 
de  l'art  italien  à  son  apogée.  Nous  trouvons  même 
que  les  toiles  du  Louvre,  de  dimensions  restreintes, 
ne  donnent  qu'une  idée  incomplète  de  cette  pein- 
ture épique,  et  nous  nous  transportons  par    la 


—  33  — 

pensée,  pour  en  avoir  une  impression  souveraine, 
devant  la  Dispute  du  Saint- Sacrement,  le  Jugement 
dernier,  la  Cène  de  Milan. 

Je  suppose  que  nous  sommes  d'accord  pour 
passer  rapidement  à  travers  le  désert  que  forme 
l'école  de  Bologne.  Mais  bientôt  nous  arrivons  aux 
espagnols  et  nous  nous  épanouissons  de  nouveau. 
Nous  n'avons  du  grand  Velasquez  que  quelques 
petites  toiles  et,  comme  nous  l'avons  fait  pour  les 
italiens,  nous  nous  transportons  par  la  pensée  à 
Madrid  et  nous  revoyons  les  Lances  et  tous  les 
chefs  d'œuvres  qui  leur  forment  cortège. 

Avec  le  flamand  Rubens,  la  mythologie,  l'allé- 
gorie et  l'épopée,  les  hommes  et  les  dieux  nous 
apparaissent  sous  une  forme  moins  noble  et  moins 
pure  qu'en  Italie,  mais  l'imagination  n'est  pas 
moins  vigoureuse  et  la  magie  du  coloris  et  la  har- 
diesse de  la  touche  l'emportent  peut-être. 

Nous  goûtons  l'aptitude  des  maîtres  hollandais  à 
exprimer  le  sens  intime  des  choses.  La  Hollande 
vit  tout  entière  sur  les  toiles  de  ses  peintres. 

En  traversant  les  salles  de  l'école  française  nou  s 
trouvons  une  grande  noblesse  au  Poussin  et  la 
peinture  de  Lesueur  nous  donne  la  même  note 
mélodieuse  que  la  prose  de  Fénelon  et  les  vers  de 
Racine. 


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